The Masters, l’impossible comparaison



Dans les années hors Corona Virus, être d’un Masters sans limitations confère à chacun un bâton de maréchal, du « patron » lambda au plus huppé des joueurs, aux invités, présidents, à ce partenaire de choix venu de Genève, aux architectes réputés, journalistes respectés, amis des amis… Bref, une cohorte quotidienne de quelque 50’000 personnes qui, à un titre ou un autre, vivent un tournoi unique sur le plus beau parcours du monde, disent souvent le Top 100 des magazines.
A l’Augusta National Golf Club, se régalent aussi les membres en veste verte, certains cacochymes, n’écoutant qu’eux, posant leurs règles, réfléchissant à leurs projets avec vingt ans d’avance, ce qui, vu leur âge moyen, est plein de bon sens, sortant la grosse monnaie dès que le président Fred S. Ridley les en prie. Alors les objets pensés de longue date sont, tout d’un coup, produits d’une édition à l’autre.
Ainsi l’achat de soixante hectares mitoyens au club en pleine ville juste pour y garer les voitures des spectateurs une fois par an. Ainsi cette création immobilière dont Berkman’s Place, important réceptif hôtelier luxueusement aménagé derrière le No 5 pour invités des membres et VIPs. Ainsi l’entrée du public contrôlée façon aéroport, avec chiens renifleurs et gardes de tout genre disséminés en tenue ou en civil par centaines, un superbe practice entretenu comme le parcours, ou de grandes maisons pour des partenaires de choix dont Rolex ou Mercedes. Bon, c’est la moindre des choses pour ces marques dont la contribution multimillionnaire ne se voit pas sur place, l’espace du club restant vierge de toute publicité. Tout est dans le non-dit déférent, dans le sous-jacent élégant, avec de courtes apparitions en spot-télé qui font le tour du monde.
Cerise sur ses gâteaux, le club privatisait récemment Berkman’s Way, une voie municipale d’Augusta bordant sa propriété sur trois kilomètres, la faisant disparaître tout en finançant ailleurs sa remplaçante New Berkman’s Way élargie à quatre voies. Suivant cet aménagement, c’était un nouveau et incomparable centre de presse multimedia, et le quartier, où se situaient l’ancien centre de presse et le magasin aux souvenirs, était refondu pour y poser le Masters Patron Shop, vaste hypermarché dernier cri et ses 64 caisses exclusivement dédiées aux produits Masters. Enfin, pour allonger le No 13, icône de l’Amen Corner, le club versait à son aîné Augusta Country Club mitoyen un autre paquet de millions à l’achat d’un tout petit bout de son terrain.

Les favoris: Jon Rahm, Dustin Johnson, Jordan Spieth

Le Masters est un rendez-vous hors du commun qui ne laisse échapper le moindre chiffre. Le seul reconnu porte sur la planche de prix, 11.5 millions cette année… A propos de chiffres, les vestes vertes détestent voir leur parcours défoncé. Bien que réalisé sur terrain souple en novembre dernier, le -20 de Dustin Johnson les interpelle. Cette fois, le parcours sera au plus juste avec des greens affolants. Ils sont ravis quand le tournoi se termine sur le fil du rasoir au plus proche du par. Ainsi en avril 2018 quand le jeune Jordan Spieth gardait la tête avec cinq coups d’avance à neuf trous d’une seconde veste verte consécutive et 1.8 million dans ses poches. Sa victoire était évidente, pointant à -7 au No 9 du 4e tour, les adversaires ne décollant pas vraiment.
En abordant le retour, Spieth jouait trop bien, tout en ayant entre les oreilles les quatre coups abandonnés aux 11 et 17 la veille. A trop y penser, il en perdait un au 10, un autre au 11. Les neurones disjonctés, il s’éparpillait au 12 sur un quadruple bogey, à la façon de Norman en 1996 quand Faldo lui mettait onze coups dans la vue. Il devenait le seul anglais vainqueur du Masters jusqu’à ce 10 avril où Spieth faisait cadeau de sa veste à Willett dorénavant qualifié presque à plus soif par ce succès. Mais pour cette 85e édition, si le jeune texan vit un renouveau, sorti enfin de sa gonfle en gagnant à Austin (Texas) ce 4 avril après 1350 jours de disette, où est donc passé le grand-breton? PPH

Voir The Masters sur www.golfplanete.com