ProAm… Formateur ou poudre aux yeux…


Dominic Foos

La saison a donc démarré sur les chapeaux de roue. Le PGA Tour a posé deux tournois au soleil de Hawaï dotés ensemble de 13’300’000 dollars dont les vainqueurs Harris English et Kevin Na ont pris la plus grosse part. Le European Tour n’est pas en reste, envoyant les pros ouvrir son programme annuel au soleil des Emirats cette semaine. L’Abu Dhabi HSBC Championship fait dans le richissime, doté de huit millions en dollars. D’où un champ de vedettes et de joueurs dorés sur tranche dont une quarantaine sera au départ du Pro-Am d’ouverture, une fête pour les amateurs et un tour de chauffe pour les pros.

Francesco Laporta

Certains rendront de jolis scores, boostant leur confiance quand le swing n’est pas tout à fait en place. Le lendemain, au premier tour officiel, ils garderont un œil sur les tableaux des scores, nombre d’entre eux déjà plus intéressés par la seconde partie du classement et la limite suggérée du cut. Par exemple, on aura pu voir le vainqueur du Pro-Am perdu dans le trou noir du cut quand un remplaçant de dernière minute est en tête au 1er tour. Cut! C’est méchant un tournoi pro. Il n’y a pas d’argent pour tout le monde, alors il faut élaguer.
Tu le joues? Tu as joué?, les mots en vogue la veille du tournoi au village d’hospitalité. « Ouai, c’était super » dit l’amateur. « Avec El Gato, Eric et Jacques, on a joué 62 et moi j’ai entré deux birdies net. Quel pied! » Si ça lui fait plaisir… Alors, les témoins sont envieux, pas tellement du score, mais de cette confrérie intime dont ils sont absents. Peu importe qui a gagné d’ailleurs, l’essentiel étant d’abord la gloriole d’une participation.
A entendre les amateurs, le Pro-Am d’ouverture est un must à ne pas manquer. Et ils ont raison. Décortiquer de près six heures durant le golf de Rory, Sergio, Monty ou Emily, on en redemande. A ces occasions, il y a foule dans les coursives des sponsors et des directeurs de tournois. Le lobbying est forcené pour se trouver le précieux sésame offert, voire acheté. Ni l’un, ni l’autre, et c’est l’horreur, ma chère…
Ces chanceux rejoignent personnalités et people, invités de choix, pour pratiquer leur swing sous l’œil plus ou moins condescendant des pros pour qui c’est un « another day at the office ». Pendant ce temps, les amateurs redeviennent des golfeurs de base, sans titres, ni galons, mais pleins d’eux-mêmes en entendant le « Good shot » poli du pro. « J’y étais, mon fils! », diront-ils plus tard, les photos du team au No 1 et de leur drive au No 10 déjà thésaurisées, heureux d’être de retour l’année suivante, si le clin d’œil échangé avec l’autorité vaut tout contrat.

Les jeunes pros ne sont pas toujours prêts à rejoindre un circuit international, reculant devant le travail exigé ou les frais à assurer. Courir les pro-ams devient un métier. De nombreux clubs les organisent ou les accueillent sous l’égide d’un partenaire. Les dotations ne sont pas forcément très riches, mais en les collectionnant, le pro s’en sort en jouant sur deux tableaux: le gain tiré de ces compétitions sans de gros frais et la contribution financière (règle non écrite) des amis ou amateurs partenaires d’un jour surtout quand ils l’ont choisi.

Team « de Rivoire » au Rolex Trophy 2016

Ces scores ne débouchent sur rien, sauf à ne pas faire une fixette sur le cut, référence absente de ces pro-ams… Notre jeune pro vit donc plutôt décontracté. Quand il grimpera enfin d’une division ou deux, ses heures de « easy golf » l’aideront dans le Pro-Am d’ouverture où ses trois partenaires distingués du jour en veulent pour leur statut ou leur argent, lui mettant la pression et l’amenant à jouer au-dessus de ses moyens.
Carte rendue, bonne ou mauvaise, état d’esprit perturbé, l’expérience jouera un rôle invisible en enchainant les 36 premiers trous du grand tournoi. Pour quel résultat. Snober le cut… Se faire étendre… Allez savoir. Le golf est un sport bien étrange où rien n’est écrit à l’avance. Mais après tout, it’s the name of the game, isn’t it?
PPH