Sperone, ce bel ami de trente ans


La Corse… Nous connaissons sa lumineuse carte de visite où la grande bleue fait l’unisson entre tous les décors, du village pittoresque haut perché aux jolies criques qu’on aimerait privatiser l’espace de quelques heures. Hier encore, venir de France ou d’ailleurs pour en savourer les plaisirs n’était pas de tout repos, des insulaires faisant du protectionnisme à outrance. Aujourd’hui, ils semblent avoir limé leurs griffes et le corse s’en porte bien mieux, encourageant même le développement d’un tourisme de qualité dont le golf, joué seulement depuis 1987, est plutôt absent à deux jolies exceptions près.
La plus récente est posée au Domaine de Murtoli sur la commune de Sartène. C’est un ensemble hôtelier au concept unique. Son entrée est déjà improbable à trouver sur la route T40. Il s’agit pourtant d’une propriété de 2500 hectares où s’est développé, depuis 1996, un accueil hôtelier étonnant disséminé dans une vingtaine de bergeries du 17e siècle de volumes divers, remises en état et équipées avec un goût rare. Trois restaurants méritent le compliment des hôtes comme des visiteurs jouant un parcours de douze trous signés par Kyle Phillips, le maître de Kingsbarns. Originalité, la carte de scores du Murtoli Golf Links varie selon un itinéraire différent d’un jour à l’autre. Et le parcours est soigné comme les plus connus avec ce grand respect pour la nature qui marque tout le Domaine de Murtoli, belle adresse sans égale.
“Pace e salute”… Maquis de légende aux odorantes senteurs, forêts de pins et de châtaigniers, criques et plages font aussi le décor des images de la Corse du sud. Comme un coin enfoncé dans les bouches de Bonifacio, au bout le plus septentrional de l’île, voilà Sperone et son domaine de 135 hectares de nature sauvegardée. Depuis 1991, une part mineure y est adonnée au golf à l’initiative de Jacques Dewez, promoteur têtu irréductible.
Aujourd’hui, sirotant un pastis à la terrasse de U Sperum, le restaurant du club, le visiteur est ébloui par le spectacle à 180 degrés d’une mer aux reflets turquoise jouant avec les roches claires de l’archipel des Lavezzi et le long tapis vert du parcours.     A en oublier toutes les aventures et mésaventures vécues ou subies par Sperone et son golf jusqu’au récent dossier de sa vente, souhaitée et attendue, mais tombée à l’eau au dernier moment.
Côté spectacle, le parcours de Robert Trent Jones Sr n’est pas en retrait, méritant le compliment d’un Top 100. L’aller serpente au cœur d’un maquis gourmand en balles, entre une centaine de bunkers et des greens de petite taille rares chez Ol’ Trent. Puis, les sens se déchaînent au retour qui joue avec l’eau et les nerfs. Le No 11 semble suspendu entre ciel et mer. Le No 12 (par 3, 133 m.) demande un pitching-wedge ou un fer 3, selon les caprices du vent, avec un précipice à franchir. Puis voilà le fameux No 16, cauchemar de tout golfeur: un bras de mer à sauter et, au bout, une belle falaise sur laquelle la Méditerranée se “splashe” avec bonheur. Le bruit, le vent, les “chocotes”… Plus une balle ne pipe mot. Miracle, la 2e ou 3e tape enfin le green, le double bogey ne fâchant pas trop le joueur. Mais quand Eole fait souffler son Mistral, alors…
La pierraille, le maquis, la garrigue ornant l’habit vert de cet éperon rocheux cerné par la mer, entreront-ils enfin au classement mondial? On se le demande depuis trente ans, regrettant que cette distinction soit toujours absente des vitrines du club, au moins méritée quand le parcours jouait les magnifiques sous la présidence de Jean-Baptiste Casabianca, le Général. Deux raisons ou trois l’expliquent. Le nombre de “papables” sont légion à travers le monde. Les différences se font par dixièmes de points. Outre leur dessin et leur caractère, les 18 trous doivent éternellement être soignés de pied en cap. Les chemins, les voiturettes, le bâti et toutes les pièces rapportées “propres en ordre” dit-on en Suisse. Ce n’est pas donné.
Depuis trente ans, poussé vers d’autres destinations appuyées par un marketing plus organisé, le golfeur ne vient toujours pas en rangs serrés à Sperone, ce qui est dommage. D’où un revenu juste honnête pour le club, débouchant sur une communication sous-financée, l’idée même d’un gros événement restant fugitive. Ainsi, l’attention des panels de notation étant rarement attirée, pas de visite et donc, pas de classement même quand l’endroit est une perle. CQFD…