Un bol d’air frais svp! (2e partie)


(suite de la page)

HSBC Champions 2019, Shanghai

Donc, donnez-moi de l’air, disais-je. Mais où? Fin octobre, voilà le HSBC Champions à Shanghai, parfait alibi pour justifier le voyage à ma comptabilité toujours trop regardante. La réunion de cracks pour cette étape du World Golf Championships (plus de dix millions de prix) laissait supposer un festival de beau golf dans une chaude ambiance électrique. Quelle déception, même si Rory McIlroy se donnait la peine d’un quatrième succès en 2019 avec le seul mini-suspense d’un play-off. N’est pas Ryder Cup qui veut.
A Sheshan, c’était plutôt “another day at the office” pour les têtes d’affiche comme un effet induit de la Toussaint. Pas de passion. Pas d’émotion. Pas de vision. Spieth, Garcia, Rose, Fleetwood, Watson & Co en roue libre dans le gras du classement, transparents et sans saveur, juste venus à la soupe… Et un public chinois, certes en nombre, mais décalé sans vraie connaissance du golf. Les gamins étaient les plus heureux. Peut-être des Li ou He pour demain, mais avant qu’ils ne confient leurs yuans à HSBC…
Si McIlroy ramène 1,75 million dans son sac, Poulter ramasse les 45’000 de la lanterne rouge sans même finir la compét… Mais je m’en bats les flancs, le décorum de cette affaire touchant trop au pompeux. Du rouge partout dans tous les formats, gâchant les jolies perspectives d’un parcours au demeurant de belle qualité, logé dans une immense propriété, presqu’un quartier de Shanghai à deux heures de Pudong Airport.
Sheshan International est un club fait pour le chinois à la richesse ostentatoire qui attire, bien entendu, ceux qui en ont après son portefeuille et, ici, ça grouille. L’endroit semble encadré par tout ce que Shanghai compte de flics en uniforme ou en civil. Qu’est-ce qu’on se sent à l’aise devant tous ces attributs disposés au contact du visiteur étranger sans être familier d’une langue universelle comme l’anglais, au moins par bribes. Réception hôtelière, concierges, chauffeurs de style Uber, taxis, c’est mandarin et point barre.
Le bol d’air frais ne faisant pas le plein, stop à Bangkok au retour pour revoir le président Intrawityanunt, dit Pitak pour ses amis.  Sa longue carrière est passée par des postes à responsabilité au plus haut niveau gouvernemental de la royauté thaïlandaise.
Aujourd’hui, il préside aussi le golf club qu’il a conçu. Tout hyper-privé qu’il soit, classieux, très cher à rejoindre quand on y est admis, il reste à dimension humaine, sans falbala, dans le bon goût. Mais Ayodhya Links, au nord et à 45 minutes du centre de Bangkok, d’abord dessiné par Peter Thompson, détruit par un raz-de-marée, redessiné par un Pitak découvrant le métier d’architecte de golf, est l’un des plus beaux parcours de Thaïlande si ce n’est le No 1.
Ce bonhomme qui a tout vu, tout connu des arcanes du pouvoir, toutes sortes de situations, est une bénédiction pour ceux qui, comme moi, sont effarés par le laxisme, l’absence de passion, les idées creuses ou, pire, le confort d’une planque. Refaire le monde pendant quelques heures avec ce vieux sage a été une vraie poire pour ma soif. A 76 ans, il n’hésite pas à appeler un chat un chat. Ainsi la tenue de l’Asian Summit pendant mon séjour à Bangkok, grosse rencontre résumée d’un sec NATO ou No Action,Talk Only… Appelez son nom sur internet, vous aurez une idée du personnage.

Et mon ras-la-casquette? “Dans ce monde, nous ne sommes pas toujours à la bonne place”, me dit-il. “Tu t’en rends compte le plus souvent bien plus vite que celui qui s’y complait. Ce n’est pas à toi de combler de telles insuffisances notoires. Dans le cas qui t’occupe, ça m’a tout l’air d’être un boulot pour Sisyphe. Alors respire un bon coup et garde ta bonne humeur pour ceux qui la méritent”. PPH

(voir 1e partie en page)

Ayodhya Links