101e PGA Championship, 4e tour, fin


En direct de Farmington (NY)

Super Brooks Koepka

Au 3ème top, il sera exactement 14h35. Entre saluer Mickelson avec la foule des spectateurs qui ne lui en veulent pas de finir son pensum sur 76 – c’est l’un de leurs chéris – et de retrouver Mike Lorenzo-Vera, joueur français habitué du European Masters, auteur d’un bon +3 le portant à la 16e place, on est enfin agglutiné aux basques de Brooks Koepka et Harold Varner III auquel nous souhaitons bien du plaisir. En marchant à leur rythme au long des fairways, heureusement devant une déferlante de spectateurs sur cinq rangées, on ressent sous les semelles les contours, les bosses et les creux du terrain, les montées, les descentes du difficile parcours “noir” de Bethpage qui recevra la Ryder Cup 2024. Et nous en sommes qu’au premier trou, un par 4 de 400mètres. Cher Saint Andrews, svp, donnez-nous une grande partie!
On avait bien cru avoir été écouté, Koepka souffrant d’un bogey dès le No 1 face à un birdie de son adversaire. Les sept coups d’écart sont devenus cinq comme pour Johnson trois trous plus loin. Au No 3, ce bon Varner démontre qu’il atteint ses limites, ce qui est plutôt normal pour un pro dont c’est seulement le 2ème cut passé en majeur, et bien passé, il faut le dire. Son double bogey au No 3 finit de le démonter, ce qu’il confirme sur un second au trou suivant.                                                      Harold Varner III, 36e

Dorénavant, il compte pour beurre. Sur ce même par 5, Koepka sort un nouveau birdie pour -12, se redonnant un peu d’air. Mais ça ne dure pas, le No 1 mondial signant un 2ème birdie au No 7. L’écart revient à cinq.

Jazz Janewattananond, 14e, +2

En-dehors de Wallace et de notre bon ami “Jane”, l’agressivité des poursuivants a abandonné le tournoi pour se consacrer au gain et protéger la meilleure part du gâteau possible. Onze millions, ça donne des idées.

La brise souhaitée est maintenant bien établie. Va-t-elle changer la donne? Si Johnson le peut, il faut qu’il s’agite sans tarder. Face à un Koepka qui semble solide, la recherche d’exploits s’impose. Entre vouloir et pouvoir…

A ce moment-là, il est 16h15, et il n’y a plus que dix joueurs sous le par. Au No 8, Johnson sauve son par sur un long bout de green, alors qu’un arbre sauve la balle de Koepka partant vers un territoire rébarbatif. Il continue à plomber les greens, mais Johnson ne tient pas à souffrir pour un strapontin et s’offre un birdie au No 9. L’écart se réduit à quatre coups quand Koepka sort du No 8 toujours à -12. Quatre ou four, points, par ou écart… Koepka n’aime pas du tout. Au No 10, un par 4 de 450 mètres, il pose sa balle à un pas du trou pour trois, ce qui sonne bien mieux. L’écart repasse à six d’autant que Johnson sort du No 11 sur un bogey. Et cela va être répétitif jusqu’au 17. Heureusement, on a droit à un joli moment de bonheur que les fans de golf savourent. Au No 17, par 3 de 180 mètres, Lucas Bjerregaard envoie sa balle dans le bunker de gauche. Lucas Glover sort un fer 6 et voit avec le monde – par télé interposée – sa balle filer directement dans le trou. Grosse fête, encore plus sonore quand son adversaire entre sa difficile sortie du sable. Et un, et deux… Quel plaisir!

Retour au duel dans le vent forci… Sur le No 11, Koepka fait face à un putt pas très long, mais “pas donné” dirait l’ami Patrick, et c’est pour éviter un double bogey. Réussi, et pas de bobo, Johnson quittant le No 12 aussi sur un putt de trop. Mais, mais, mais… Johnson prend un birdie au No 15 et Koepka, trois bogeys de suite aux 11,12, 13… Plus que deux coups entre eux, Koepka débordant largement le No 14, par 3 de 145 mètres. Son retour au drapeau est gâché, trop long et le voilà cueillant un bogey de plus. Devant lui, Johnson ne sait pas encore que le retard s’est réduit à un petit point. Cela aurait sans doute raccourci son approche au No 16 finie dans un rough bien gras dont il ne sort pas indemne, avec en plus un putt amical laissé de côté, ce qu’on a déjà vécu ailleurs avec lui.
Puis au No 17, en copie presque conforme du trou précédent. Trop émotif M’sieu Johnson. Il le démontre de façon claire sur sa très longue sortie de bunker en hook prononcé fini dans le public vociférant et sifflant amassé à gauche du green sur un incroyable hook. Malgré tout, il sauve le par, mais pas Koepka au No 17, massacrant un court putt. L’écart repasse à deux coups. Emotion et pression sont les deux mamelles du grand golf. Johnson semble le plus atteint.
Reste un trou à jouer pour “Musclor” qui n’a peur de rien et joue son driver en confiance, sauf que ça le mène dans un bunker inhospitalier au possible. Il en sort comme il peut, court d’un green surélevé pour y perdre un coup, mais pas les deux. En pilote émérite, il avait juste le carburant pour passer la ligne.
Jamais un joueur présentant sept coups d’avance après 54 trous au PGA a-t-il perdu. Au moment des comptes, et de raccourcis à ne pas faire sur la valeur du succès de Brooks Koepka (en moins de deux ans, défenses réussies de deux titres majeurs sur des scores-record), il faudra se rappeler que seuls six joueurs ont battu le par, que douze étaient porteurs du maillot “Meilleur mondial” à un moment de leur carrière, et que, dans le Top 100 mondial présent, 32 affichaient une collection de 65 victoires majeures.
Cet US PGA Ch’ip n’était donc pas une amusette. Mais la qualité du champ, Brooks Koepka l’a battue en brèche. C’est plutôt ce costaud (29 ans, 93 kg, 183 cm) – encore sur le Challenge Tour européen en 2013 – qu’il faudra d’abord suivre à l’US Open (mi-juin) et au British (mi-juillet), avec un coup d’œil en coin vers un Tiger Woods requinqué, espérons-le. PPH

Brooks Koepka et son 2e Wanamaker Trophy