SUISSES DE PASSAGE


Toute la complexité du parcours rouge de Dar Es Salam est bien résumée par le No 17
Camilla Lennarth, autre suédoise, 2e au 1er tour

Passer en revue la liste des départs d’un tournoi huppé du European Tour et découvrir un pro suisse parmi les 156 concurrents, fait toujours plaisir. C’est si rare. Le sourire est encore plus marquant quand une “proette” made in Switzerland apparaît au milieu de 126 joueuses venues de Suède, d’Afrique du Sud ou du Mexique. Alors, les rencontrer ensemble au même endroit, le même jour, leurs noms et leurs images passant sur les écrans TV, même si c’est (trop) vite, ça requinque le fan de golf des bords du Léman émigré au Maroc quelques jours d’avril.
Bon, “to be honest”, dit-on à la BBC, le Trophée Hassan II, étape du European Tour, et la Coupe Lalla Meryem (Ladies European Tour) sont des plus sympathiques, bien organisés en parallèle sur deux bons parcours mitoyens à Dar Es Salam, proche banlieue de Rabat.
Malgré la chaude cordialité marocaine, les étoiles du golf européen se fichent pas mal de savoir que ce tournoi a vu passer, en d’autres temps, les plus grands du monde. La tradition et l’histoire ne sont pas sous effet dollar. Pour Garcia, McIlroy et autres Fleetwood, enfants gâtés, seuls comptent les souvenirs marqués au doux fer des dollars distribués à profusion de Boston à San Diego. Alors, une planche de prix de € 2’500’000 au Maroc est incolore et sans saveur.
Des viennent-ensuite du Top 50 de l’ordre du mérite européen, seuls vingt-deux sont là, le meilleur étant Kurt Kitayama (9e).
Qui ça, dit le chef de presse?

Joel Girrbach

Si on passe à l’ordre mondial, en 71e position, Joost Luiten devance tout le champ de joueurs où les abonnés aux bas de classement sont heureux combler les vides. Mais cette opportunité les bloquent mentalement, déjà complexés à l’idée de devoir être performants et dans le coup quatre jours de suite pour grimper et grimper encore, se rapprocher ou trouver le sésame ouvrant le European Tour en souhaitant qu’il ne vive pas bientôt une méchante révolution de palais, vu son état très limite, dit-on dans les milieux informés…
Ainsi, de jeunes talents tel Joel Girrbach, classé 232e, trouve ici ou là un strapontin dans 12 ou 13 tournois désertés du grand tour, entre deux apparitions sur le Challenge Tour (la seconde division) qu’il fréquente avec Marco Iten et Raphaël de Sousa, moins bien classés et plus coincés dans leurs mouvements. Ne jouant pas sous les auspices royaux du Maroc, ils tentaient vainement de titiller le 65 de Johansson, leader du 1er tour au Turkish Airlines Challenge du côté d’Istanbul quand Girrbach rendait un 74 (+1) le mettant à huit coups du leader Jordan Smith (-7), et un cut loupé en perspective.
Les filles ne vivent pas exactement les mêmes appréciations, mais les conclusions se ressemblent. Le Ladies European Tour est sous perfusion et le carnet des rendez-vous plutôt aéré avec juste dix-sept dates hors majeurs et Solheim Cup. Mais il y a un trop plein de joueuses et une seule “d’chez nous” était au départ ce matin pour la Coupe Lalla Meryem, juste mise au bénéfice d’une invitation. Melanie Maetzler en connait un bout sur le golf, mais elle ne flirte plus vraiment avec les hauts de classement.
Il en va de même pour Caroline Rominger, Anais Maggetti ou Clara Pietri et quelques autres restées au pays, les sœurs Métraux s’étant dépaysées avec clairvoyance aux Etats-Unis.

Pourquoi la pauvre petite association belge fournit-elle des vainqueurs sur le tour, des membres du Team Europe en Ryder Cup, des joueuses du LET comme Leslie Cloots ou Manon de Roey? Comment se fait-il que la Suisse et ses instances faîtières du golf assises sur un bon bas de laine ne fassent pas tout ce qu’il faut pour nourrir, tenir, éduquer la nouvelle pousse prometteuse, fille ou garçon?  Et que dire de leur passivité face à l’éclosion des talents Julien Clément et Raph de Sousa, plutôt que de les prendre en compte, quitte à les envoyer en université américaine. Sans un tel support en continu, chaque étincelle s’éteint aujourd’hui très vite.
On veut espérer que la démarche toute personnelle de la famille Valenzuela, pour amener Albane au plus haut niveau, prouvera qu’un appui bien suivi et ordonné à moyen-long terme est payant. Nous serions gênés si les canaux officiels s’attribuaient, demain, tout le mérite de sa première victoire professionnelle.

Cela ne sera malheureusement pas le destin immédiat de Melanie qui a bouclé son 1er toure en 79 à treize coups du -7 de Lina Boqvist, autre nouvelle suédoise de service. PPH