DES MILLIONS A GOGO


Qu’importe la monnaie quand l’unité de référence s’appelle million

Avant les millions de la planche de prix au prochain Masters, l’Augusta National Golf Club en dépense sans limite pour améliorer le parcours (voir le nouveau No 5) et les installations.

Le petit monde du golf, sport de niche disent-ils, alors qu’il est, individuellement, le plus pratiqué au monde, et sport de riches ajoutent les mêmes, devient fou. Loisir de grands bourgeois nantis, il l’a certes été ici ou là, une fois établi hors des pays anglo-saxons. Heureusement, les jeunes pousses contribuent à lui donner une autre allure aujourd’hui. Si vous étiez au Golf National pour la 42e Ryder Cup en septembre dernier ou devant votre télé, le rajeunissement du golf était l’évidence dans une ambiance à décoiffer les vieilles barbes.
Bon, restons honnêtes. De l’argent, il y en a tout de même des tombereaux. Pas dans vos poches, ni les nôtres, mais dans celles des circuits professionnels avec un déséquilibre notable, pour ne pas dire un fossé, entre le golf des messieurs et des dames. Jusqu’au virage du 21e siècle, le golf, malgré ses propres dieux du stade, de Palmer à Nicklaus ou Ballesteros entre autres, se tenait propre sur lui, un portefeuille juste bien rempli. Depuis, bon an, mal an, le golf professionnel ne sait plus à quel dollar, euro, yen, livre, yuan se vouer. Les limites décentes sautent l’une après l’autre et des fortunes flattent les joueurs qui tiennent la boutique sans être plus heureux pour autant, et bien moins que leurs agents, pivots de cette révolution financière qui passe par leur poche…

Bas de laine bien remplis: Dustin Johnson ($77’000’000),
Rory McIlroy ($43’000’000), Jordan Spieth ($38’000’000
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Quoiqu’un certain Tiger Woods ne s’en prive pas ($120’000’000 en compétition), on est encore loin des millions dont se goinfre un Kylian Mbappé à peine sorti du biberon. Mais quand l’incertain Danny Willett empoche 1,3 million en remportant le tournoi de clôture du European Tour 2018 à Dubaï, ça donne le tournis. Il n’est pas loin le temps où un grand tournoi était fier du million de toute sa planche de prix. Cette année, les records seront battus. Le vainqueur à Dubaï touchera trois millions sur les huit réservés à cinquante joueurs. Puis, si le vainqueur du DP World à Dubaï s’attribue en plus le classement général de la saison, il quittera le golfe persique lesté de deux autres millions.

Tiger Woods et Mark Steinberg, son agent de toujours

Dans le même temps, de beaux tournois souffrent, ne bénéficiant pas ou plus de la même attention. Voyez l’Open de France, le plus ancien d’Europe continentale (1906), chargé d’histoire, disputé sur l’un des plus grands parcours de compétition, théâtre de cette splendide 42e Ryder Cup en septembre dernier. Cette année, son premier partenaire chinois faisant honteusement défaut, le tournoi, qui n’en peut mais, est dégradé, rejeté à mi-octobre, abandonné par Rolex, partenaire fidèle de longue date dont les sept millions de l’étiquette Series passent à Abu Dhabi. “Faut vivre avec son temps”, me dit le collègue… PPH