A la croisée des chemins


A serious Sergio this time…

En direct d’Augusta, mardi 10 avril 2017
10h05, Ernie Els ouvre, tout seul avec un marqueur, le dernier tour du 71e Masters Tournament après son 83 la veille. Jeunes joueurs, ne baissez jamais la tête. Un score ingrat vous attend à tout moment comme les plus grands. Mais que la star sud-africaine ne nous en veuille pas si nous partons plutôt suivre la dernière partie entre deux joueurs à -6. Ils sont copains. Ils sont coéquipiers en Ryder Cup. Ils ont déjà marqué l’histoire du golf. L’un avec ses 73 loupés en tournois majeurs. L’autre avec une litanie de succès. Tous deux sont de magnifiques talents.
Sergio Garcia et Justin Rose, les voilà ensemble au dernier départ du 71e Masters Tournament pour un titre qui laisse toute amitié au vestiaire. A 37 ans, Sergio, anxieux, impatient, tente de rejoindre enfin ses idoles Ballesteros et Olázabal à leur lumineux palmarès majeur. Garcia en veste verte mériterait sans doute qu’on l’intègre enfin dans un « Los Tres Grandes » ibérique façon Palmer, Player, Nicklaus, exagéré un poil, mais une jolie image tout de même.
Dès 14h30, dimanche dernier, “El Niño” tentait d’évacuer sa frustration récurrente accumulée après tant de titres majeurs passés à portée de ses clubs, toujours à une longueur de trop. A Carnoustie, pour un British Open, c’était même un millimètre de trop, le putt de la victoire tournant sur le 72e trou. Deux fois, il s’est ainsi retrouvé en tête d’un majeur en compagnie de Harrington et.deux fois, il le lui a offert. « Thank you Sergio », lui répétera l’irlandais qui, aujourd’hui, marche à côté de ses FootJoys.
Face au joueur de Valence, Justin Rose est déjà décoré d’un US Open à Merion en 2013, là même où Bobby Jones avais mis dans son sac un rarissime grand chelem. Bobby Jones, c’est l’un des deux inventeurs des formidables 18 trous du Masters. Ca crée des liens. Et pour sortir encore du lot, l’anglais s’est paré en 2016 de l’or olympique du golf revenu aux Jeux de Rio après 112 ans de silence. Ca donne une nouvelle envergure au bonhomme.
Donc deux européens aux premières loges, deux jeunes américains Rickie Fowler, vainqueur à Bay Hill deux semaines plus tôt, et Jordan Spieth, vainqueur ici en 2015, faisant preuve de largesse pour offrir quatre points (au No 12) et la victoire de la 80e édition à Danny Willett qui n’en attendait pas tant et qui, cette fois-ci, a vite pris la porte de sortie. Si Spieth avait été cheval de course, sa côte n’aurait pas dépassé deux contre un. Depuis son double Masters/US Open, le pronostic annonçait un “Qui peut battre Jordan Spieth gagne le Masters”. Pas vraiment justifié cette année pour les 50’000 spectateurs quotidiens éberlués tant par la qualité du jeu que par un incroyable centre de presse, unique au monde, et d’autres nouveaux aménagements (entre autres, deux tunnels de communication, un nouveau quartier administratif, un boulevard à quatre voies sur trois kilomètres, le tout construit en neuf mois et financé uniquement par Augusta National et son nid de membres à neuf chiffres…
On imagine la valse des millions. Nos calculettes sont dépassées, peut-être comme celles des promoteurs de la Ryder Cup italienne de 2022. Pour l’instant, ils ne disposent toujours pas de la garantie de 97 millions promise par l’Etat qui semble perdre de son ardeur, surtout depuis qu’il est acquis que Rome est en-dehors du coup olympique (2024 ou 2028). Ca tousse un peu du côté de Mr Pelley, le patron du European Tour. Les feux rouges sont allumés.
Au 17, Rose se met à la faute sur un putt sans complication. Le duo italo-anglais est de nouveau square à -9. Le dernier trou ne les départagera pas, Sergio nous gratifiant d’une nouvelle « garcianade » sur un putt de 2.50 mètres. Incorrigible…

Justin Rose fairplay second

Retour au No 18 pour un playoff au premier sang. Un long couloir arboré face aux tees de départ oblige les joueurs à bien tenir la balle au milieu de la piste et ne pas se perdre sous les ramures. Le tirage au sort l’ayant désigné pour jouer en premier, Justin Rose, pris par un coup de mou, coupe sa balle pour la retrouver presque injouable dans les sous-bois à droite. Garcia en est requinqué, coupe le fairway en deux, passe en mode 4×4 pour grimper vers le green, ilot de verdure encore cerné par des milliers de “patrons”, appellation officielle du spectateur. Sergio prend le green en deux coups face aux trois pris par Rose puni par son coup approximatif au départ. S’il entre son premier putt, Rose sèmera le doute entre les deux oreilles de l’espagnol qui devra impérativement entrer le sien pour birdie et cette gloire tant attendue. Et on sait que son histoire est pavée de mauvaises attentions dans de telles situations. Bonne pâte, mais il se serait mis une claque, Rose laisse sa balle au bord du trou débridant un birdie italien et habillant son pote de la légendaire veste verte déjà portée par les plus grands.
« Je suis trop mauvais pour gagner un majeur », disait Garcia après ses nombreuses désillusions mettant son CV en deuil. Un tel talent ne pouvait pas passer par pertes et profits au fil du temps, même si les brillants Montgomerie et Westwood tendent à prouver le contraire, le premier faisant contre mauvaise fortune bon coeur chez les seniors, le champion anglais étant en longue hibernation. Mais quand l’ours sort de sa torpeur…

A voir, comme on demande aussi à voir ce qui sortira de l’importantissime séance de ce 10 avril à Rome où les promoteurs du tournoi 2022 confié à l’Italie doivent présenter leur garantie irrévocable de cent millions d’euros. La participation de l’étant n’étant plus assuré, ça tousse un peu. Les espagnols de PGA de Catalunya sont aux taquets. PPH 

Three minutes with Sergio Garcia on the 4th round (© The Masters)
http://www.masters.com/en_US/watch/2017-04-09/49cd0d2-00c0fb322ad.html