Un rookie pour changer?


En direct du 81e Masters, Philippe P. Hermann / 
Dans l’histoire du Masters Tournament depuis 1934, seuls deux débutants, jouant le formidable parcours d’Alister Mackenzie et Bobby Jones pour la toute première fois, sont entrés dans la cour des grands, sans la légendaire veste verte pour Horton Smith, vainqueur de la première édition en 1934 (ce n’était pas encore le Masters). Puis Gene Sarazen en 1935 ne passait pas non plus au vert, pourtant applaudi à tout rompre pour son albatros au No 15, une rareté telle qu’elle se répercutait à l’infini dans tous les medias de l’époque, télé balbutiante n/b comprise. « The Masters Tournament » était lancé.

En fait, la veste verte n’était conçue qu’en 1937, destinée aux membres du club pour leur reconnaissance visuel, avec un côté clanique qui n’aura échappé à personne. Il fallait ensuite attendre 1984 et la victoire de Fuzzy Zoeller pour qu’un rookie l’emporte. A ce jour, il est toujours le seul jusqu’à cette 81e édition à avoir signé une telle performance, recueilleant toutes sortes d’honneur, ce qui ne l’a pas empéché de lancer, avec un improbable humour, quelques déclarations teintées de racisme au détriment du traditionnel dîner des champions offert par Tiger Woods et des mets appréciés par les afro-américains…

Plus récemment, les jeunes Jordan Spieth (2015) et Danny Willett (2016) ont endossé la veste verte, mais seulement à leur 2e visite. Membre inamovible des trois meilleurs parcours du monde, Augusta National ne s’offre pas facilement au premier venu. Il faut l’avoir appris par coeur, être passé de coin en recoin, avoir mesuré les pentes et les contre-pentes de greens aux vitesses diaboliques, et remis patiemment le métier sur l’ouvrage, tant les difficultés se montrent à peine avant la frappe. Juste après, déjà trop tard. Puis quand on part à la découverte du parcours, invité par un membre, voire par le club (un tirage au sort désigne juste 30 journalistes, parmi les 700 ou 800 présents dans l’étonnant nouveau centre des medias, pour jouer le lendemain du tournoi). On est d’abord interpelé par la beauté du site, ses couleurs, la maintenance pointue, qui collent un aimable faux-nez à ce parcours à part, sans copie connue, qui ne fait pas copain-copain avec n’importe quel matamore d’opérette à l’index douteux chez les amateurs.

Thomas Pieters (Belgium)

Cela ne concerne pas Thomas Pieters, rookie d’un talent à part. Ex-champion universitaire des Etats-Unis en 2012, il passe pro en 2015, additionnant trois victoires depuis, une qualification en Ryder Cup où il prend quatre points sur cinq à ses adversaires directs, une première. Et le voilà au 81e Masters, tutoyant le nec-plus-ultra du golf mondial, flirtant avec la tête au premier tour. « Je n’ai pas manqué un coup sur les dix premiers trous », assurait-il, « En fait, je n’ai vraiment rien manqué du tout, avant d’être rattrapé par deux doubles aux 12 et 18 ». Sans ces erreurs, il serait sorti en tête du 1er tour. Jouant 68 au 2e tour dans une brise froide très soutenue, il se calait en tête, accompagné de Sergio Garcia à la recherche de son majeur attendu après 73 tentatives, et l’autre jeune candidat en forme Rickie Fowler. A 25 ans, Thomas Pieters estime qu’il n’a plus de temps à perdre pour faire les gros titres du « Soir », le grand quotidien bruxellois et être fatalement comparé à Flory van Donck, gloire du temps passé en Belgique.

Jon Rahm Rodriguez (Spain)

Autre débutant de classe, inconnu en Europe, mais plus pour longtemps, Jon Rahm (Rodriguez). Fan d’Olazabal et de Garcia, ses références, ce pur espagnol a affûté son golf sous les couleurs de son uni en Arizona. Ce beau poupon (100kg, 188 cm) a simplement été le No1 mondial au classement amateur pendant 60 semaines, et champion du monde avec l’équipe d’Espagne. Passé Pro, il accumule les podiums en 2015, il gagne un open du PGA Tour aux Etats-Unis, brille dans les tournois des World Golf Championships, faisant preuve d’une belle lucidité, d’une zénitude totale entre les deux oreilles, même si son lancer de clubs reste à parfaire…

On lui recommande d’ailleurs de vite gommer ce vilain défaut, et de ne les utiliser que pour gagner d’autres tournois, voire le Masters. « Vous savez, chaque joueur au départ vit un moment d’exception », dit-il. « Ce parcours sied à toutes sortes de talents. Droitiers, gauchers, draws, fades, longues frappes, petit jeu… Il convient donc totalement à ma façon de jouer. Il satisfait aussi ma perception visuelle. Les putts aux courbes accentuées, marques de fabrique du parcours, ne me posent pas un vrai problème. C’est bien plus amusant et ça titille ma créativité ». En le voyant mordre le parcours, il n’a pas tout faux ce jeune homme de 22 ans.

La preuve ? Lui aussi fait belle figure en se calant à la 6e place après 36 trous, juste à trois petits coups de Sergio Garcia, son autre idole ibérique. Muy bien ! PPH