Quand Johnson tombe, c’est pour de bon


En direct du 81e Masters, Philippe P. Hermann / 

C’était le grand favori – 193 cm sous la toise – de tous les mordus. Cette saison, il dominait son monde du golf, s’attribuant coup sur coup trois trophées d’affilée à Los Angeles, Mexico (gros tournoi du World Golf Championships) et Austin (Texas) pour un championnat en matchplay où il jouait les intouchables.

Ce panégérique signifiant, outre les honneurs, les trophées et les gros titres, un bon paquet de dollars par millions, voilà Dustin Johnson propulsé en tête du classement mondial. Pas mal pour ce joueur de talent qui avait failli se brûler par une consommation de produits peu licites entre deux tournois, avec un effet Kiss Cool l’amenant à entreprendre les épouses de ses camarades de jeu.

Mais Saint Eloi veillait sous les traits de Tim Finchem, alors patron du PGA Tour, envoyant Dustin en congé sans solde pendant six mois, loin des questions insidieuses des méchants journalistes que nous sommes, certains osant même un « T’en as ? » exagéré.

Comme s’il avait passé sa convalescence au Club Med, le voilà de retour sur le circuit, très requinqué, se cachant derrière un collier de barbe qui ne lui rend pas justice. Mais pourquoi pas, dès lors que ses pairs se donnent l’impression de parler à un autre joueur. Allez savoir ce qu’il a fait de ses longues heures creuses, le voilà tutoyant la victoire à diverses reprises, coulant son score par légèreté, absence de concentration ou bêtises notoires, une habitude déjà vécue à Whisling Straits pour l’US PGA Ch’ip, titre majeur, ou à l’US Open 2015, prenant trois putts sur le dernier green.

Oubliés tous ces tracas. Le destin de Dustin ne fait plus de doute. Le monsieur sait jouer et le prouve. Le monsieur n’est pas aussi tarte qu’on l’imaginait. Et le voilà au départ du 81e Masters, prêt à le manger tout cru pour être le premier No 1 mondial à remporter le majeur d’ouverture de la saison depuis douze ans et un certain Tiger Woods. Depuis sa 4e place à Augusta en 2016, il a passé en tête la ligne d’arrivée de six tournois dont l’US Open. Qui peut lui barrer la route d’une 4e victoire consécutive et le titre le plus iconique qui soit ? Mickelson ? McIlroy ? Rose ? Garcia ? Spieth ? Ou Jon Rahm, nouvelle coqueluche espagnole made in USA, une perle de talent dont on n’a pas fini de parler.

Depuis deux jours, la Georgie est sous une pluie battante, de tornade en ouragans. Maisons éventrées. Arbres déracinée. Ici ou là, inondations jusqu’à la ceinture. Le grand parcours d’Augusta National est blessé, mais les grands moyens sont là pour parer au pire. Dans ce club aux moyens illimités par la grâce de ses membres fortunés, cinq milliardaires parmi eux, le public et les artistes du golf retrouvent vite les 18 trous au nom de fleurs sous leurs meilleures couleurs comme aux beaux jours.

Mais, « orage », o désespoir, Dustin Johnson n’était pas des retrouvailles, permetant un second souffle à ces chers confrèreas qui commençaient à developper un méchant complexe, rappelant l’ère sans partage du Tiger, 1ère époque, ou du « tout pour moi » épisodique de McIlroy, justement débarrassé maintenant d’une réelle menace contrariant son rêve de s’habiller en vert, le Masters dans la poche et enfin un rare grand chelem à son tableau de chasse.

Ca ne pouvait qu’être pour sa pomme. A la veille du tournoi, dans sa maison, Dustin Johnson trouvait le moyen de descendre un escalier sur le dos. « J’ai juste dérapé et Bing! J’ai tout fait pour me remettre d’aplomb. Chaud, froid, glace, calmants. Rien à faire. Un mal de chien que je tente d’oublier, mais je n’arrive pas aux 80% d’un swing idéal. Essayé au driving, pas pu, d’où mon forfait à quelques minutes du départ. Le bas du dos à gauche restreint mon mouvement. Je râle de devoir louper ce rendez-vous pour une bête raison (comme on dit en Belgique) au moment où mon golf est au plus haut niveau».

La journée d’une star à 22 ans (Rham), à 32 ans (Johnson), ou 42 ans (Mickelson) peut passer par toutes les couleurs du joyeux rose au noir le plus noir. Il y a souvent une facture à régler pour passer de lampe de poche à phare du monde. Elle prend, comme le diable, n’importe quelle forme pour – au minimum – déstabiliser le débiteur. On pense à Seve Ballesteros qui aurait fêté ses soixante balais à ce Masters si le crabe avait bien voulu le lâcher. On peut aussi recenser les multiples avaries de Woods nous privant de son incomparable talent bien avant terme. Le golf est vraiment un drôle de jeu. PPH